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Huile ou acrylique ?

Vous hésitez entre l’huile et l’acrylique ? Pourquoi ne pas opter pour des gammes de peintures intermédiaires ?

Certains diront que ces deux types de peinture s’opposent. Je nuancerais le propos en disant qu’elles se complètent. La peinture à l’huile et à l’acrylique ont des mécaniques différentes : l’une se dilue à l’eau et sèche par évaporation, tandis que l’autre se dilue à l’essence et durcit par siccativation (ou oxydation). De ce fait, leurs utilisation et manipulation s’en trouvent contraires, certes. Cependant, leur usage peut être similaire et leurs effets complémentaires. Par exemple, au sein d’une même oeuvre, les effets de texture crées avec de l’acrylique se marieront très bien avec des glacis à l’huile. 

L’huile et l’acrylique sont à la fois différentes et liées, et nous allons voir en quoi.

Les caractéristiques

Voici un tableau comparatif entre la peinture à l’huile et la peinture acrylique.

Ce tableau nous permet facilement de constater que ces deux techniques sont bien différentes, sur tous les aspects.  Cela tenant au fait que l’acrylique a été créée dans les années 1950 pour répondre aux besoins créatifs de l’époque, pour palier à un manque. L’acrylique est un parfait compromis entre l’huile, trop lente à durcir, et l’aquarelle, bien trop fragile. Ces propriétés sont uniques, créées sur-mesure pour des artistes contemporains polyvalents, en recherche de simplicité, de rapidité et d’expérimentations.

Les procédés 

Les multiples procédés de la peinture, toutes techniques confondues (ici à l'huile). En haut, de gauche à droite : Le modelé / L'empâtement / Les glacis / Les touches / Le lavis. En bas, de gauche à droite : Le frottis / Le dripping / L'empreinte / Les projections / Les marbrures

La similitude entre ces deux techniques réside dans les procédés, dans leur usage. On peut peindre de la même manière quelque soit la technique, huile ou acrylique, parviennent à proposer des effets et rendus semblables. Ce tableau des procédés ci-dessus, réalisé à l’atelier, permet d’avoir un aperçu des diverses manières de travailler la pâte picturale. Que ce soit en modelé, en glacis, en dripping, par touches, par projections, par empreinte, etc.

Pour des effets de matière et de l’épaisseur, mieux vaut privilégier la peinture acrylique. Aucune contrainte technique n’est à prévoir. A l’inverse, pour des glacis et des profondeurs de tons, mieux vaut opter pour la peinture à l’huile, à condition de maîtriser son processus et de respecter ses contraintes mécaniques. 

L'huile est une technique de peinture ancienne qui s'adapte très bien à un traitement contemporain

Les gammes de peinture intermédiaires

On sait que l’huile permet de beaux coloris mais a une mécanique contraignante ; à l’inverse, l’acrylique est simple d’utilisation mais fait parfois preuve de fadeur… Par chance, il existe dans les rayons beaux-arts des magasins de parfaits compromis !

 

Les huiles hydrosolubles

Peintures à l'huile diluables à l'eau, dites hydrosolubles. Photo : Jackson's art supplies

Les peintures à l’huile hydrosolubles sont des peintures à l’huile diluables à l’eau. Cobra chez Talens, et Artisan chez Winsor & Newton.

Le liant (l’huile), a été chimiquement modifié pour pouvoir être mélangé à l’eau. Le résultat offre des caractéristiques similaires aux peintures à l’huile standards, les effets visuels quasi identiques, les peintres y trouvent pleinement satisfaction. Grâce à ces gammes, l’utilisation de la peinture à l’huile devient beaucoup plus simple et sécuritaire puisque l’essence (toxique) est remplacée par l’eau ! Les couleurs sont à utiliser avec les médiums spécifiques, également hydrosolubles. A ne pas mélanger avec les médiums standards qui sont alors inadaptés. Les pinceaux se nettoient directement à l’eau.

Grâce à ces peintures à l'huile hydrosolubles, on retrouve l'onctuosité, la brillance et la fraîcheur de la pâte à l'huile, alliées à la simplicité d'usage des peintures à l'eau !

Les peintures alkydes

Ces peintures à l’huile ont un durcissement bien plus rapide que des couleurs standards. C’est-à-dire quelques minutes seulement pour des couches fines et plusieurs heures pour des couches “normales”. Ce phénomène accéléré est du à la présence de la résine alkyde au sein de la composition. Ces couleurs à l’huile sont alors idéales pour les empâtements, les superpositions de couches rapides et les peintures sur le motif (en plein air).

Les Griffin se diluent à l’essence, mais mieux vaut éviter de les mélanger aux médiums standards, sans quoi elles perdraient leurs propriétés. En revanche les médiums alkydes (Liquin par exemple) sont adéquates. Elles sont également un peu plus fluides et transparentes que les couleurs à l’huile ordinaires. 

Grâce à ces peintures alkydes, on retrouve l'intensité des teintes et une pratique identique à la peinture à l'huile classique, alliées à une siccativité rapide, se rapprochant de l'acrylique !

Les acryliques à séchage (très) lent

Open de Golden, l'acrylique à séchage lent. Photo de Géant-beaux-arts.be

La gamme OPEN de Golden (marque américaine) est plutôt rare sur le marché européen. Ce qui est dommage car elle est la plus incroyables des peintures acryliques. Ca ne fait aucun doute qu’elle satisfera et surprendra tous les peintres à l’huile qui détestent d’ordinaire l’acrylique. Pourquoi ? Parce que le liant utilisé est une variante totalement transparente du liant acrylique standard, n’altérant aucunement les teintes lors du séchage. Les couleurs conservent toutes leurs brillance, y compris sur le long terme. De plus, l’évaporation est incroyablement lente… Comptez plus de 24h pour une couche fine, et plusieurs jours pour une couche “normale”. D’après une expérience personnelle, les couleurs sur la palette conservées au frigo, restent fraiches pendant près de 6 semaines !

Grâce à ces couleurs acryliques à séchage lent, on a des couleurs semblables à de la peinture à l'huile : brillantes, onctueuses, et permettant un travail dans le frais !

Conclusion

Ces deux techniques de peintures sont bien différentes par leur composition, leur mécanique, leur usage, et même dans leur histoire, c’est une évidence. Cependant, elles sont complémentaires par le traitement que l’on en fait et par les intermédiaires existants. Chaque peintre devrait se procurer le matériel nécessaire et trouver source de plaisir dans chacune de ces techniques, car leur expression créative s’en retrouverait renforcée.

Pourquoi choisir l’une ou l’autre, quand on peut bénéficier des avantages des deux ?!

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Cet article a 20 commentaires

  1. Annie CHIRIAUX

    Merci pour cet exposé qui met au clair les indications reçues à droite ou à gauche. Notamment pour la peinture Cobra qui pourrait être une bonne alternative pour moi devenue allergique aux solvants. L’onctuosité de la peinture à l’huile me manque énormément dans la pratique de l’acrylique. Je vais donc essayer la marque Cobra
    Merci Amandine pour le partage de ton savoir

  2. TAPIERO

    Bonjour, à défaut d’atelier actuellement fermé, juke peins depuis 40 ans à l’huile, mais là pas possible, alors je fais des projets à la gouache, bien sur les couleurs sont ternes et je ne maitrise plus la gouache, bref existe-t-il un vernis à retoucher pour raviver les couleurs et faire des reprises sans charger,
    merci

    1. Amandine Gilles

      Bonjour, vous pouvez toujours repeindre sur une gouache. Mais à savoir que c’est une peinture réversible, elle va donc se rediluer au contact de l’eau. Les vernis à retoucher sont spécifiques à la peinture à l’huile, ils sont incompatibles avec les techniques à l’eau. Merci à vous

  3. France de Wépion

    Bonjour,
    Je dispose de quelques dizaines de toiles peintes entre 1999 et aujourd’hui. Je sais avec certitude que les plus anciennes ont été peintes à l’huile et les plus récentes à l’acrylique. Par contre, il y a eu une période intermédiaire pendant laquelle les 2 médiums ont été utilisé. Comment après quelques années, reconnaître une toile peinte à l’huile d’une toile peinte à l’acrylique.
    Merci de votre aide qui me sera précieuse.

    1. Amandine Gilles

      Bonjour France, je dirais que visuellement la distinction se fait. Essayer d’entrainer votre regard en comparant les toiles peintes à l’huile, et celles peintes à l’acrylique. Observez bien la surface et les aspérités des près, vous verrez les caractéristiques entre les deux.

  4. Jonathan

    Bonjour

    J’ai commencé une toile a l’huile (je peins de maniere academique en superposant plusieurs couches), j’ai uilisé la marque Pébéo, je me demandais si je peux continuer pour les couches suivantes avec une autre marque comme la marque Van Gogh. ce dont j’ai le plus peur ce sont les craquellures et une adhésion non optimale des nouvelles couches.

    Merci

    1. Amandine Gilles

      Bonjour Jonathan, Il est tout-à-fait possible de mélanger différentes marques de peinture à l’huile. Sans problème.
      Pébéo n’est effectivement pas la meilleure du marché. Compte tenu de votre volonté de pérennité, je vous conseille plutôt les gammes extra-fines de Old Holland, Sennelier, Rembrandt, Lefranc-Bourgeois, Blockx ou encore Mickael Harding. Ces couleurs sont plus chères car leur concentration pigmentaire est plus élevée, donc les couleurs sont plus intenses et plus résistantes.

  5. Christian

    Bonjour , félicitations pour cet article très complet et dont le tableau comparatif permet à chacun de mieux comprendre les deux techniques .Pour ma part ,je pratique la peinture à l ‘huile depuis 1970 , un hobby au début que j’ ai pu peaufiner depuis .J’ ai utilisé quelques temps l’ acrylique , autre technique autre approche de la couleur ! Je profite de ce commentaire pour conseiller un ouvrage “Peindre à l’huile comme les maîtres : La technique du XVIe au XVIIIe siècle “de Claude Yvel chez Edisud , où l’on voyage dans le temps avec une explication sur la provenance et fabrication de pigments , toute une alchimie qui entourait l’usage des liants vernis sans oublier la fabrication à l’ancienne de pinceaux, toiles etc..
    Encore merci pour la qualité de vos articles très instructifs.
    Bonne journée

    1. Amandine Gilles

      Merci Christian pour ce partage, malheureusement je crois que ce livre (qui est effectivement génial) n’est plus publié. A moins de le trouver d’occasion ou à la bibliothèque, il est difficile de se le procurer…

  6. Nicole Pradalier

    Merci pour votre article!
    C’est drôle parce que je vous découvre ce matin en cherchant le bouquin de Kandinsky et votre thème de comparaison huile/acrylique est pour moi d’une parfaite actualité, Je concluais en effet, il y a deux jours (après avoir pratiqué l’acrylique par manque ponctuel de mes diluants pour l’huile), que le choix de l’acrylique ou de l’huile était dépendant de l’usage que l’on faisait de la peinture, contradictoirement donc à votre tableau. Je sais, par exemple, que pour moi qui travaille la matière comme un aller-retour constant entre la toile et mon geste sur elle dans une constante découverte, l’huile est le parfait outil. En revanche, pour la personne qui a un objectif déterminé, sans doute l’acrylique la satisfera mieux alors que l’huile la déstabilisera. Pour ma part, je demande à la peinture la découverte continue et c’est l’huile seule qui le permet. Mais peut-être est-ce le résultat d’un compagnonnage complice. Et peut-être devrais-je un jour chercher dans l’acrylique l’aventure que je trouve au bout du pinceau à l’huile…. Merci en tout cas pour votre blog dont je vais poursuivre la lecture!

  7. christian donck

    La marque américaine GOLDEN Acrylic Paints , est de loin le meilleur et le plus complet dans ses gammes de couleurs et de medium . Beaucoup de peintres très connus Richter ou autre Soulages sont d’ailleurs passés de l’huile à l’acrylique depuis une ou deux décennies. Je suis d’accord que la gamme de Golden Open sèche très (trop) lentement pour mon travail ( à la palette et racloir (squeegee)) avec d’épaisses couches. J’emploie leurs Heavy Body Acrylics en ajoutant des médiums ( ex. Retarder ). A voir sur leur site ( Goldenpaints).

  8. Philippe

    Que pensez-vous de la technique qui consiste à commencer une toile à l’acrylique et la poursuivre à l’huile ? On gagne du temps au démarrage tout en gardant l’aspect de l’huile.

    1. Amandine Gilles

      C’est un très bon procédé !

  9. Hubert

    Je vais essayer la peinture “open” et vous donnerai mon opinion.
    Je pense que tout comme moi, vos abonnés apprécieraient de pouvoir joindre une image à leur courriel pour vous montrer les problèmes auxquels ils sont confrontés et bien sûr pour avoir le plaisir de montrer leur travail. Le but n’est pas que vous portiez un jugement de valeur mais cela donnerait à votre forum un esprit “atelier” qui créerait de la proximité entre tous.
    Bonne journée et merci encore pour vos articles.

    1. Amandine Gilles

      Bonjour Hubert, le sujet est actuellement à l’étude, vous faites bien de le suggérer ! En vous inscrivant à la newsletter (si ne c’est pas déjà fait), alors vous serez tenu informé dès qu’une plateforme d’échange sera mise en place 🙂

  10. Gautiet

    Magnifique exposé. … clair, précis, intéressant même pour une peintre un peu expérimentée…
    J’apprécie toujours de lire des conseils intelligents. Grand lerci pour cet article.

    1. Amandine Gilles

      Un grand merci à vous !

  11. Erick

    Bonjour,
    J’aimerai arrêté l’acrylique, séchage trop rapide, et contrainte de nettoyage en extérieur.
    L’huile ne me convient pas odeur, et temps de séchage.
    J’avais pensé à la Cobra, vous en pensez quoi, le séchage n’est-il pas trop long ? n’y a t-il pas trop de perte ?
    Merci

    1. Amandine Gilles

      Bonjour, à la lecture de l’article, peut-être avez-vous découvert l’acrylique à séchage lent ? Sinon, pourquoi ne pas utiliser un retardateur de séchage ?
      Quand au fait d’éviter la perte, mieux vaut en mettre peu sur la palette, puis en ajouter si besoin seulement.
      Merci à vous

    2. Frédéric

      bonjour
      j’utilise la cobra en parallèle de l’huile, elle est facile d’utilisation, se dilue à l’eau (pinceaux nettoyés à l’eau également). tres bien pour une facture moderne. ne sent pas.
      il existe une paste pour les empatements et un medium pour allonger et faire briller.
      peinture assez chère quand même et limitée en choix de couleurs (une quarantaine)