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Les glacis, c’est quoi ?

Les glacis, c’est difficile et compliqué” ; “Mon prof de peinture n’a pas voulu nous apprendre à faire des glacis…”,  “j’ai pas le niveau pour ça”, et puis, au fond,“c’est quoi un glacis ?”

Soyons clairs une bonne fois pour toute : la pose de glacis est simple, facile, basique, et accessible à tous, peu importe votre niveau ! Ce n’est pas compliqué, c’est juste qu’il faut apprendre, nuance. Si certains profs ne vous l’apprennent pas, c’est qu’ils ne savent pas eux-même faire ou qu’ils souhaitent conserver un secret de polichinelle. 

Explications 

Par définition, un glacis est une couche de peinture transparente que l’on superpose à une autre déjà sèche. Son but est de créer un effet lumineux, qui va donner un effet de profondeur et de subtiles nuances. Il ne doit pas recouvrir un fond, mais uniquement modifier ou sublimer la teinte déjà présente, afin d’apporter une ambiance chromatique particulière à l’oeuvre.

Le glacis se veut donc léger et transparent.  Pour cela, on privilégie les couleurs aux pigments naturellement transparents (laque carminée, laque de garance, vert émeraude, jaune indien, blanc de zinc,…). Autant de couches peuvent être appliquées que nécessaire, du moment que le temps de séchage entre chacune d’elle est bien respecté. La superposition peut donc être illimitée, les effets n’en seront que meilleurs. 

Il est important de comprendre le phénomène : les rayons lumineux traversent toutes les couches de couleurs transparentes, puis se réfléchissent sur le support en parvenant jusqu’à nos yeux. Donnant parfois l’impression que la source de lumière se trouve sous l’oeuvre elle-même. D’où l’importance de la préparation du fond.

On peut comparer ce phénomène à celui des verres colorés, les vitraux.

Le phénomène lumineux

Les rayons lumineux traversent chacune des couches de glacis, se réfléchissent sur le support, puis parviennent à nos yeux. Créant ainsi un sentiment de profondeur comme si la source lumineuse se trouvait de l'autre coté.

Pour que ce phénomène soit réussi, la transparence seule ne suffit pas. Une aquarelle, pourtant naturellement transparente, ne réagit pas selon ce phénomène lumineux, elle ne crée pas cette sensation d’intensité et de profondeur. Pour obtenir un glacis, la pâte picturale doit être onctueuse, brillante, et relativement épaisse. Telle une laque, la présence de liants résineux et d’huiles claires est donc primordiale.

Les grands Maîtres de la peinture à l’huile sont ceux qui sont parvenus à comprendre et à maîtriser ce phénomène physique au sein de leurs tableaux, aussi bien par le jeu interne des lumières que par celui de l’aspect. Car l’autre atout des glacis à l’huile, est cette onctuosité faite de matière grasse, permettant d’obtenir un modelé très doux, lisse, sans traces de pinceaux. Un vrai glaçage sur sa peinture !

Il est convenu d’attribuer la paternité de ce procédé à Jan van Eyck au début du XVe siècle, proposant alors une recette de peinture grasse, résistante à l’eau et aux effets visuels inédits. Il aurait été le premier à appliquer des glacis à l’huile sur des dessous à la détrempe (peinture diluable à l’eau), ouvrant alors par la suite la voie vers le “tout à l’huile”.

Les époux Arnolfini - Jan Van Eyck - 1434

Les glacis sont l’essence même de la peinture à l’huile, sans eux, cette peinture perd de son interêt. Autant utiliser alors de l’acrylique ! D’autant plus qu’ils superposent aussi sur de la peinture acrylique. Les deux techniques se complètent parfaitement. 

Réaliser un glacis facilement

La seule aptitude particulière à avoir pour poser des glacis, est l’anticipation… Bien qu’ils se posent en étape finale, le peintre doit y penser dès le départ afin d’organiser ses teintes de manière optimale. Car le rendu diffère selon si c’est un glacis clair sur foncé, ou un glacis foncé sur clair. Pas d’inquiétude, l’expertise vient avec l’expérience !

  • On utilisent des pinceaux à poils souples (naturels ou synthétiques). La douceur et la souplesse des poils sont essentielles.
  • On mélange la peinture avec un médium à peindre ou à médium à glacis (facile !). Ils rendent les couleurs transparentes et accélèrent le durcissement, permettant de gagner du temps dans la superposition. Le dosage dépend du niveau de transparence et de gras que vous souhaitez (règle du gras sur maigre).
  • Ne pas utiliser uniquement de l’huile ! Il y en a déjà dans les tubes de couleurs du commerce, donc en ajouter provoquerait un excès qui serait non seulement responsable du jaunissement, mais qui prolongerait considérablement le temps de séchage. Et d’autres déconvenues probables.
  • L’application d’un glacis doit se faire assez rapidement, car la pâte résineuse devient rapidement collante. Ensuite, ne plus y toucher avant le séchage complet.

Démonstration

1 – Le sujet

Une première couche à l’acrylique a ici été appliquée au préalable.

2 – Le matériel

Le médium est composé entre autre de résine, laquelle emprisonne lors de son durcissement le pigment, comme un moustique dans de l’ambre. C’est donc grâce à elle que les pigments vont être protégés et les couleurs pérennes à travers les âges. 

3 – La pratique

Après avoir plongé votre pinceau dans le médium, mélangez-le à votre couleur afin d’obtenir une consistance fluide, onctueuse et surtout transparente. Ici par exemple, le bleu de Prusse, très foncé en pâte, devient plus lumineux une fois dilué au médium. Le résultat obtenu est bien différent d’un simple mélange couleur/essence qui dénature la teinte et appauvrit la pâte, ici, on sent un apport en matière grasse.

A présent, appliquez votre teinte à l’endroit voulu. Pour obtenir ce fameux modelé doux (sans traces de pinceaux), vous devez “caresser” la surface avec une brosse propre à poils très doux. Attention tout est dans le dosage. Il y a excès de médium lorsque la pâte se met à “perler” sur la surface. Si cela arrive, rajoutez de la couleur pour ajuster les proportions. 

Voici le résultat final après seulement 6mn de traitement ! Avec ces quelques ajouts, le sujet s’en trouve déjà bien modifié. Alors imaginez avec des heures de travail et plusieurs couches !

Regardez la vidéo juste en dessous de la démonstration qui a réellement duré moins de 6mn !

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Cet article a 56 commentaires

  1. Lise Pagé

    bonsoir j’aime beaucoup vos explications. je suis en train de faire une peinture avec lac le reflet sur l’eau pour faire comme une transparence si je comprends bien je trempe mon pinceau dans le medium à peindre avec ma couleur ce qui me donnera luisant sur l’eau ? j’utilise peinture Artisan water mixable oil
    color meme sorte avec medium …merci c’est chouette de votre part

  2. Ludma

    Oui, vous pouvez, mais ca s’appelle deja imprimatura et sert pour autre shose.

  3. FRANCINE PROVOST

    Bonsoir ! je souhaite savoir si après avoir dessiné sur la toile, on peut directement appliquer des glacis sans avoir appliqué une première couche de peinture à l’huile … ou cela n’est il pas possible ??? merci pour votre réponse car je ne suis pas experte pour tout comprendre … bonne soirée !

  4. Le Berre

    Bonjour,

    Je suis en train de réaliser un lac de montagne qui est turquoise et émeraude, le vert de la forêt au fond semble pourtant tirer sur un vert “Corot”, il n’y a pas trop de reflets d’arbre dans l’eau sauf sur un côté de la scène, celle exposée au soleil. En photo c’est beau mais en peinture il y a quelque chose qui cloche puisque les arbres sont sensés se refléter dans l’eau, les couleurs ne s’accordent pas entre la forêt et l’eau. Ensuite je rate mes glacis sur ce lac. En marine quand il y a les vagues je les réussis assez bien, mais là c’est horrible. Concernant les couleurs, j’utilise du bleu de prusse et du jaune candium pour les arbres clairs et les reflets de ces arbres qui sont au bord de l’eau et le vert hooker pour les plus foncés en arrière plan, pour l’eau c’est le vert émeraude et le bleu de prusse aussi, le blanc de titane…mais c’est beurk un peu..Merci de votre réponse

  5. Yanick DOUET

    Bonjour, merci pour ces explications. Je suis un peintre sur acrylique et je n’ai jamais fait de glacis. J’aimerais me mettre à l’huile, et j’ai une question sur les glacis. Si on fait, selon votre vidéo, un glacis pour créer du volume ou de la profondeur, est-ce qu’ensuite, on distingue les parties qui ne sont pas touchés par le glacis par celles qui le sont? Est-ce qu’il faut ensuite appliquer un vernis sur tous le tableau pour faire disparaître cette différence s’il y en a une?

    1. Amandine Gilles

      Tout-à-fait ! Les glacis apportent plus de brillance que les autre zones. Donc un vernis permettra d’uniformiser l’ensemble. Merci à vous