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Etude de L’Odalisque d’Ingres – vidéo

Dans le cadre du programme de formation qui m’a été commandé en 2017 par beauxarts.fr, je vous présente une histoire d’oeuvre. Il s’agit ici de ce célèbre tableau qui généré un véritable scandale à l’époque de sa première exposition. Pourquoi ? L’explication est donnée dans la vidéo !

Retranscription du contenu audio 

Cette nouvelle histoire d’oeuvre est consacrée à La Grande Odalisque de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Peinte en 1814 et conservée au musée du Louvre. Ce tableau représente un nu féminin, ou plus particulièrement, une odalisque. Terme utilisé pour qualifier les femmes de harem. Ce tableau est une oeuvre majeure de l’histoire de l’art : pour sa recherche esthétique, pour l’avant-garde d’une liberté de pensée et d’une liberté artistique. 

Ingres est formé très jeune à la peinture. Il arrive à l’âge de 17 ans à l’atelier de Jacques-Louis David, en 1797. Il y apprend l’anatomie, les formes, les compositions, le jeu des couleurs, la peinture d’histoire et allégorique, comme il était d’usage à l’époque. Il est si talentueux qu’il remporte le Prix de Rome en 1801, avec son tableau : Les Ambassadeurs d’Agamemnon. 

Pour info, le Prix de Rome a été le concours de peinture le plus prestigieux pendant près de 300 ans. Il est organisé par l’Académie des Beaux-Arts et une centaine de participants s’inscrivent chaque année. Le gagnant voyait sa renommé assurée grâce aux nombreux journalistes et critiques d’art du monde entier qui venaient à leur rencontre. De plus, il gagnait un séjour de 5 ans en résidence à la Villa Médicis, l’Académie de France à Rome. Pendant ce séjour, le résident recevait des commandes officielles et avait tout le loisir d’étudier les oeuvres antiques. 

Une fois les 5 années passées, Ingres décide de rester pour parfaire son art. D’autant plus qu’il s’est pris de passion pour les oeuvres de Raphaël. Il considère les oeuvres de Raphaël comme éblouissantes par leur harmonies parfaites, tant à travers les couleurs que les formes. 

En 1814, Ingres reçoit la commande de Caroline Murat, la soeur de Napoléon, reine de Naples. Elle commande au peintre une oeuvre orientaliste. Mouvement artistique répandu tout au long du XIXe siècle, marqué par les cultures d’Afrique du nord : turque et arabe, correspondant à l’ancien empire ottoman. Ingres a déjà réalisé de nombreuses oeuvres sur ce thème, notamment l’Odalisque à l’esclave en 1842, et le Bain Turc en 1862. 

La sensualité dans ce tableau est discrète. Le modèle nous montre son dos, ses pieds, son visage, et un bout de son sein. C’est une suggestion de l’érotisme exotique telle qu’elle est perçue à l’époque. Image amplifiée par les accessoires, comme le turban brodé au fil d’or, un éventail en plume de paon, et une longue pipe à opium posée sur le coté droit du tableau.

Malheureusement, la chute de l’empire en 1815 n’a pas permis à Ingres d’être payé par la commanditaire. Il expose donc le tableau au Salon de 1819. Et là, gros problème, l’oeuvre se fait violemment critiquée. Non pour sa nudité ni son orientalisme, sujets courants à l’époque, mais pour la déformation anatomique. Cette odalisque a un dos bien trop long ! Il y aurait même 3 vertèbres en trop selon certains spécialistes. Cette déformation choque le public, habitué à des perfections anatomiques au sein d’oeuvres comme celle de David par exemple. Le talent d’Ingres et pourtant reconnu, surtout que ses dessins préparatoires sont parfaits, le public ne comprend donc pas. Or pour l’auteur, “afin d’exprimer le caractère du sujet, une certaine exagération est possible“. Ce sentant incompris, l’artiste retourne en Italie !

Essayons de comprendre ce qu’il s’est passé. A cette époque-là, le néoclassicisme est de vigueur. Les oeuvres représentent des sujets historiques avec des corps à l’anatomie parfaite. Ingres est classique dans son procédé, mais moderne dans ses représentations des sujets. Il se permet des libertés sur l’enseignement reçu : une liberté de forme et une liberté d’interprétation de la réalité. Pour la première fois, la peinture devient un exercice spirituel et individuel.

Analysons de plus près cette oeuvre :

1/ L’artiste a poussé le réalisme et la précision des détails à l’extrême. Comme Raphaël, il place le dessin et la ligne à la première place. Les formes doivent être belles, et cette recherche de beauté doit se faire au détriment de la réalité. C’est donc un but purement esthétique qu’Ingres a délibérément modifié l’anatomie du modèle. Puisqu’avec un dos plus long, les courbes sont plus sinueuses et la jeune femme parait plus lascive.

Ingres disait : “Plus les lignes et les formes sont simples, plus il y a de beauté et de forces“. 

2/ On retrouve également ici une simplicité des tons. Il y a uniquement 2 gammes chromatiques : le bleu/gris, opposé à l’orangé/doré. 2 couleurs efficaces puisqu’elles sont deux teintes complémentaires, elles se font face sur le cercle chromatique. 

3/ La lumière est diffuse sur l’ensemble du sujet. Tout le tableau parait être dans une ambiance lumineuse très douce, ce qui renforce l’idée du sujet. 

4/ On ne distingue sur ce tableau aucun coup de pinceau, la surface est totalement lisse. Cette prouesse technique n’est possible qu’en superposant les glacis. Par définition, un glacis est une couche de peinture transparente, que l’on superpose pour obtenir des effets subtils de couleurs. Les rayons lumineux traversent chacune de ces couches et offre des effets uniques de profondeur. Ce procédé à l’huile permet également d’éviter les traces de pinceaux par l’onctuosité de la peinture à l’huile. 

Ingres disait : “Laisser voir la touche est un abus de l’exécution. Autrement dit, la qualité des faux talents. Au lieu de l’objet représenté, elle montre le procédé. Au lieu de la pensée, elle dénonce la main“. 

La Grande Odalisque d’Ingres est une prouesse technique, une recherche d’esthétique nouvelle, et surtout, une liberté de pensée qui va germer au sein d’une nouvelle génération de peintre. 

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Cet article a 3 commentaires

  1. Joly Marie-Françoise

    Merveilleux ! Merci beaucoup pour cette video qui m’apprend beaucoup de choses et complète de façon très intéressante mon cours de cette semaine (le 7ème) sur les divers procédés de peinture, dont le modelé et le glacis. Merci !

  2. Laurence POLI

    J’ai appris certains éléments que j’ignorais, surtout sur la technique de peindre sans laisser apparaître les traces du pinceau. Merci donc. Le dessin est également l’élément incontournable, très beau, tel que je le conçois. Superbe.

  3. Sarah

    Très intéressant et instructif. L’étude de l’histoire des arts me paraît indispensable afin de comprendre l’évolution de celui-ci au fil des siècles et pour savoir regarder les créations contemporaines avec un œil plus affûté et donc une ouverture d’esprit et de cœur plus grande. Merci Amandine pour tous ces détails historiques et artistiques !